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Le décolletage savoyard entre dans l’ère des robots

Claude Brique

Voici la cellule de production d’un de nos partenaires, Baud-Industries, équipé avec notre Logiciel Usitronic® que nous développons au Cetim-Ctdec.Le Logiciel Usitronic® est un logiciel de pilotage des cellules de production, permettant notamment d’auto-adapter les machines-outils en cours de production.

Voici l’article publié sur la Tribune de Genève:

Industrie : Situé entre Cluses et Bonneville, Baud Industries dévoile son «usine du futur». 15 millions vont y être investis

Claude Brique

Claude Brique

Cela sonne un peu comme une revanche. Baud Industries, l’un des chefs de file du demi-millier de PME de la vallée de l’Arve spécialisées dans le décolletage – l’usinage de pièces métallique ou d’ensembles mécaniques – a inauguré vendredi une première chaîne robotisée.

Baptisé «Usitronic®» et installé sur son site de Vougy, au bord de l’autoroute Blanche, cet équipement représente un investissement de près de 1,1 million d’euros. Vitrine du savoir-faire d’une vallée de l’Arve qui tranche avec le déclin industriel trop souvent constaté en France, le projet a reçu le soutien de nombreuses structures étatiques ou parapubliques, notamment le «pôle de compétitivité» Mont-Blanc Industries.

La trahison des financiers

Une revanche, car ce nouvel équipement est installé dans une usine reprise par les trois frères Baud il y a six ans, en piteux état, à l’américain Hilite. «Aucun matériel n’avait été acheté durant dix ans», se souvient Renald Baud, directeur technique.

La crise de 2009 devait mettre un terme à une décennie de rachats d’entreprises de la vallée par des financiers et des multinationales sans vision industrielle.

«Chaque année nous achetons de l’équipement pour l’équivalent de 12% du chiffre d’affaires et nous investirons 15 millions d’euros sur le site ces deux prochaines années», appuie Laurent Baud, directeur général de ce groupe de 420 personnes disposant de deux filiales en Suisse.

Une usine intelligente

Son frère présente avec fierté cette unité de production intelligente, qui permet d’éviter les arrêts pour contrôler toute variation des dimensions de pièces – injecteurs pour moteurs diesels ou boîtiers de montres – usinées à des milliers d’exemplaires. Des capteurs permettent notamment de vérifier l’usure des outils.

«En réalité, le but est d’adapter le mode de production au fait que chez nous les gens ne travaillent pas de nuit, ceci tout en faisant tourner nos machines 24 heures sur 24», décrit Renald Baud en cheminant dans le vacarme de l’atelier.

Le mal industriel français

La nouvelle chaîne robotisée, qui sculptait vendredi une série de boîtiers pour un horloger suisse, permet de sortir au moins deux fois plus de pièces par semaine. La baisse du prix de revient atteindrait entre 10 et 20%. «A terme, nous aimerions que l’ensemble de la production se fasse dans cet esprit», décrit Renald Baud qui parle «d’usine du futur».

Plus tard, face aux officiels de la République – Monsieur le Préfet a fait le déplacement – le discours du responsable de cette grosse PME, qui ne dépareillerait pas en Suisse, prend une tournure politique. «En France, ces quarante dernières années ont été celles de la désindustrialisation», regrette Lionel Baud.

«Regardez Alcatel – notre ex-fleuron avait axé sa stratégie sur l’abandon de la production… sa récente fusion avec Nokia est venue sonner le glas de ce modèle», insiste ce fils d’industriel, pourfendeur d’une gestion purement financière – tout autant que des lourdeurs étatiques à la française – qui ont coulé plus d’une entreprise dans la vallée de l’Arve.

Un attrait de la Suisse en trompe-l’œil

Patron du groupe haut-savoyard Baud Industries et président du syndicat français du décolletage (SNDEC), Lionel Baud revient sur le problème de l’attrait de la Suisse pour ses employés de la vallée de l’Arve.

Comment faites-vous pour retenir vos techniciens attirés par les salaires suisses à une demi-heure de voiture? Par exemple ceux offerts par votre filiale de Meyrin?

En réalité ce problème concerne surtout les jeunes avec peu d’expérience, pour qui l’attrait salarial est énorme. Beaucoup moins les collaborateurs qui sont avec nous depuis dix ans. A ce niveau, la différence de rémunération est plus faible — nous pouvons monter jusqu’à 3500 voire 4000 euros par mois pour ces techniciens. Lorsque vous ajoutez les problèmes de transport et de coût du logement propres aux frontaliers, le choix apparaît moins évident.

Vous possédez deux sociétés en Suisse, à Meyrin (GE) et aux Verrières (NE). Comment y gérez-vous le handicap de la force de la monnaie suisse?

Nous ne sommes pas vraiment affectés car ces sites travaillent pour des donneurs d’ordres suisses, en particulier dans l’horlogerie.

En Haute-Savoie, le secteur du décolletage a été durement secoué par la crise en 2009. Les affaires repartent?

Cette année le décolletage devrait progresser de près de 5% — on était à 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2014, on en attend 2,1 milliards (ndlr: le niveau de 2006).

Quid de l’emploi industriel entre Bonneville et Cluse?

Nous sommes sur des progressions de 1,5% de l’emploi industriel dans le département de Haute-Savoie. Malheureusement cette progression reste bien en deçà de ce que pourrait offrir la croissance des ventes des entreprises. On reste là avec des problèmes de rigidité et de coût du travail propres à la France. Nous avons également de la difficulté à attirer les jeunes sur le secteur alors que 60 000 départs à la retraite sont attendus dans les cinq ans à venir. (TDG)

Publier sur la Tribune de Genève par Pierre-Alexandre Sallier (24/10/2015)

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